Myrobolan du botaniste hésitant

Myrobolan ou Marmottier ?
Je n’ai pas su m’en assurer
j’avoue je suis largué
botaniste amateur

De belles branches
m’ont arrêté
chargées de fruits
séduisants
je dirais même
mirobolants
plus gros que les cerises
d’un goût agréable
au bout de la haie
Feuillage vert tendre
finement dentelé
Écorce brun vert
et granuleuse

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La montagne interdite

Cet été, la montagne que j’aime
a brûlé et la préfecture de la Drôme
interdit jusqu’à nouvel ordre
d’entrer dans les forêts domaniales
de Justin, de l’Aup, et de Solaure
où j’allais à l’école des buissons
apprendre la poésie du hêtre
du buis, du thym, du genévrier
de l’alisier blanc et du pin sylvestre

La dernière fois que j’y suis monté
le chemin m’a offert, sous le col
un narcisse des poètes
et un aigle auquel
il manquait une plume
C’est dire si cette montagne
me parle

J’ai jadis expérimenté
la brûlure au troisième degré
une des pires douleurs
que j’ai connue
quand la peau et la viande
s’en vont comme des chips
couleur jambon de pays

Je ne sais ce qu’il est advenu
des pans de prairie sèche
où fleurissaient multicolores
centaurées et bugranes
ou dormaient les éphippigères
les cétoines et les petits papillons
zygènes

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Le dernier arbre

Photo : le charme du manoir de la Fresnaye dans le Perche

LE DERNIER ARBRE

Comme les forêts
mon écopoétique
en a pris un coup
au mois de juillet
deux mille vingt-six
et ne sait plus comment
survivre à la sécheresse
aux incendies, à la cendre
nôtres désormais

Faute d’accumuler
martyrologes ou requiems
les mots me manquent
laissant un blanc
et un silence

… … … …

Le compagnonnage muet
l’ombre bienfaisante
d’un grand charme
noueux, sculptural et trapu
vraiment vénérable
au manoir de la Fresnaye
dans le Perche
m’a aidé à passer un cap

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Hop, le houblon

Hop ! vois là le houblon
qui grimpe sur la page
la haie, la barrière, la treille
à toute allure
jusqu’à sept mètres
de hauteur
en une seule année
surgi d’un rhizome
bien enfoui
Humulus lupulus
petit loup, petit humus ?
L’anglais dit simplement hop

Selon l’Histoire des plantes
en laquelle est contenue
la description entière des herbes

au seizième siècle
décoction de houblon bue
désopile le foie
la ratelle et les rognons

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Au cabaret des oiseaux

Cabaret des oiseaux
c’est ainsi, ai-je appris
que l’on surnomme la cardère sauvage
ou grande cardère
selon l’Atlas des plantes sauvages de l’Orne
poussée soudain à plus d’un mètre
au bord de la rivière et de la prairie
géométrique présence verte
et épineuse

Herbacée ou chardon
la bisannuelle ne carde rien du tout
mais offre à la jonction de ses feuilles
des coupelles qui gardent l’eau de pluie
dans autant de petits bassins suspendus

Darwin père et fils
ont remarqué que la plante
y émet de minuscules filaments
mobiles et rétractables
et comme souvent des insectes
s’y noient, ils ont pensé
qu’il s’agissait d’une plante carnivore

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Bâton de pèlerin

Depuis que je me suis fait mordre
sur un sentier
par un crétin de chien
baste, j’ai repensé
au bâton

Pas celui du maréchal
mais le rustique bâton
du berger ou du bouvier
manié par ceux qui n’avaient
pas le droit de porter l’épée au côté
bref, l’arme du gueux, du vilain, du valet
bâton de châtaignier
de piquant prunellier
ou tors néflier

C’est l’usage qui transforme le bois
en gourdin, trique ou bâton
et c’est la main finalement
qui fait le bâton

Sans feuilles ni branches
ni racines
réduction à l’absurde
quasi héraldique
de l’arbre
pour carte à jouer

Est-ce le bâton classique
qui servit à battre
le bon Boileau de l’Art poétique
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
parce qu’il avait vexé le duc de Nevers
en défendant Phèdre de Racine ?

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Tulipiers en exil eux aussi

Je guette depuis un moment
des arbres d’alignement
qui poussent vite
plantés récemment
dans la rue voisine

On dirait que deux
n’ont pas survécu
Ce sont des tulipiers de Virginie
et les quatre restants
viennent de fleurir
d’étranges fleurs
au-dessus de feuilles
coriaces et cornues
à quatre pointes

C’est en effet une curieuse
effloraison, verte, orange
et jaune, volumineuse, inodore

J’ignore pourquoi une mairie
ou un paysagiste de Normandie
a choisi des arbres américains
plutôt que des cormiers
des charmes ou des coudriers
voire des pommiers

On n’est pourtant pas
dans l’arboretum miniature
et chaotique que Claude Bru
avait planté autour de chez lui

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Narcisse des poètes

En haut des gorges
essoufflé, butant sur les cailloux
je suis tombé nez à nez
juste au-dessus
de ruines de Saint-Martin
avec un narcisse sauvage
poussé dans le chemin

Narcissus poeticus
Narcisse des poètes
révèle des circulations
d’eau souterraine

Personne alentour
juste les fantômes
de l’ermite
de l’ours et du berger
au ciel un rapace noir
auquel il manque une plume

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Western

J’arrive de l’ouest
j’arrive avec le vent et les nuées
souliers crottés, odeur de fumée
je cours avec la pluie
ma valise est pleine d’intempéries
j’apporte avec moi les orages
venus de la mer
les insurrections que
fomentent les campagnes
le souvenir de la première hirondelle
dans l’aube froide

Sous-bois : jacinthe

En forêt, au début du printemps, flotte juste au-dessus du sol ou du talus l’hallucination d’un brouillard bleu surnaturel, tirant sur le violet, d’une beauté stupéfiante. De plus près, un semis de clochettes cannelées et bouclées, accrochées à des tiges grêles d’un vert vif, émerge d’un bouquet désordonné de feuilles allongées. Comme l’anémone qui apparaît à la même époque, la jacinthe des bois est liée à la mort d’un beau jeune homme, Hyacinthe, transformé en fleur par Apollon qui l’a tué par accident. Miraculeuses, les jacinthes du camp gaulois de Bierre, des pentes de Souvigné, ou près de chez vous  éclosent avec les chants de la linotte mélodieuse, la grive musicienne et autres pinsons.

Très bizarrement, la nomenclature savante appelle cette amie de l’ombre Hyacinthoides non-scripta, «non écrite», alors qu’on sait bien depuis Ovide qu’elle porte sur sa fleur les mots Aï aï, «hélas » en grec ancien, inscrits par Phébus Apollon lui-même. Que mes gribouillis rappellent le deuil d’Hyacinthe et la beauté fugitive de sa fleur.