Le dernier arbre

Photo : le charme du manoir de la Fresnaye dans le Perche

LE DERNIER ARBRE

Comme les forêts
mon écopoétique
en a pris un coup
au mois de juillet
deux mille vingt-six
et ne sait plus comment
survivre à la sécheresse
aux incendies, à la cendre
nôtres désormais

Faute d’accumuler
martyrologes ou requiems
les mots me manquent
laissant un blanc
et un silence

… … … …

Le compagnonnage muet
l’ombre bienfaisante
d’un grand charme
noueux, sculptural et trapu
vraiment vénérable
au manoir de la Fresnaye
dans le Perche
m’a aidé à passer un cap

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Hop, le houblon

Hop ! vois là le houblon
qui grimpe sur la page
la haie, la barrière, la treille
à toute allure
jusqu’à sept mètres
de hauteur
en une seule année
surgi d’un rhizome
bien enfoui
Humulus lupulus
petit loup, petit humus ?
L’anglais dit simplement hop

Selon l’Histoire des plantes
en laquelle est contenue
la description entière des herbes

au seizième siècle
décoction de houblon bue
désopile le foie
la ratelle et les rognons

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Au cabaret des oiseaux

Cabaret des oiseaux
c’est ainsi, ai-je appris
que l’on surnomme la cardère sauvage
ou grande cardère
selon l’Atlas des plantes sauvages de l’Orne
poussée soudain à plus d’un mètre
au bord de la rivière et de la prairie
géométrique présence verte
et épineuse

Herbacée ou chardon
la bisannuelle ne carde rien du tout
mais offre à la jonction de ses feuilles
des coupelles qui gardent l’eau de pluie
dans autant de petits bassins suspendus

Darwin père et fils
ont remarqué que la plante
y émet de minuscules filaments
mobiles et rétractables
et comme souvent des insectes
s’y noient, ils ont pensé
qu’il s’agissait d’une plante carnivore

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Bâton de pèlerin

Depuis que je me suis fait mordre
sur un sentier
par un crétin de chien
baste, j’ai repensé
au bâton

Pas celui du maréchal
mais le rustique bâton
du berger ou du bouvier
manié par ceux qui n’avaient
pas le droit de porter l’épée au côté
bref, l’arme du gueux, du vilain, du valet
bâton de châtaignier
de piquant prunellier
ou tors néflier

C’est l’usage qui transforme le bois
en gourdin, trique ou bâton
et c’est la main finalement
qui fait le bâton

Sans feuilles ni branches
ni racines
réduction à l’absurde
quasi héraldique
de l’arbre
pour carte à jouer

Est-ce le bâton classique
qui servit à battre
le bon Boileau de l’Art poétique
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
parce qu’il avait vexé le duc de Nevers
en défendant Phèdre de Racine ?

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Tulipiers en exil eux aussi

Je guette depuis un moment
des arbres d’alignement
qui poussent vite
plantés récemment
dans la rue voisine

On dirait que deux
n’ont pas survécu
Ce sont des tulipiers de Virginie
et les quatre restants
viennent de fleurir
d’étranges fleurs
au-dessus de feuilles
coriaces et cornues
à quatre pointes

C’est en effet une curieuse
effloraison, verte, orange
et jaune, volumineuse, inodore

J’ignore pourquoi une mairie
ou un paysagiste de Normandie
a choisi des arbres américains
plutôt que des cormiers
des charmes ou des coudriers
voire des pommiers

On n’est pourtant pas
dans l’arboretum miniature
et chaotique que Claude Bru
avait planté autour de chez lui

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Narcisse des poètes

En haut des gorges
essoufflé, butant sur les cailloux
je suis tombé nez à nez
juste au-dessus
de ruines de Saint-Martin
avec un narcisse sauvage
poussé dans le chemin

Narcissus poeticus
Narcisse des poètes
révèle des circulations
d’eau souterraine

Personne alentour
juste les fantômes
de l’ermite
de l’ours et du berger
au ciel un rapace noir
auquel il manque une plume

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Western

J’arrive de l’ouest
j’arrive avec le vent et les nuées
souliers crottés, odeur de fumée
je cours avec la pluie
ma valise est pleine d’intempéries
j’apporte avec moi les orages
venus de la mer
les insurrections que
fomentent les campagnes
le souvenir de la première hirondelle
dans l’aube froide

Sous-bois : jacinthe

En forêt, au début du printemps, flotte juste au-dessus du sol ou du talus l’hallucination d’un brouillard bleu surnaturel, tirant sur le violet, d’une beauté stupéfiante. De plus près, un semis de clochettes cannelées et bouclées, accrochées à des tiges grêles d’un vert vif, émerge d’un bouquet désordonné de feuilles allongées. Comme l’anémone qui apparaît à la même époque, la jacinthe des bois est liée à la mort d’un beau jeune homme, Hyacinthe, transformé en fleur par Apollon qui l’a tué par accident. Miraculeuses, les jacinthes du camp gaulois de Bierre, des pentes de Souvigné, ou près de chez vous  éclosent avec les chants de la linotte mélodieuse, la grive musicienne et autres pinsons.

Très bizarrement, la nomenclature savante appelle cette amie de l’ombre Hyacinthoides non-scripta, «non écrite», alors qu’on sait bien depuis Ovide qu’elle porte sur sa fleur les mots Aï aï, «hélas » en grec ancien, inscrits par Phébus Apollon lui-même. Que mes gribouillis rappellent le deuil d’Hyacinthe et la beauté fugitive de sa fleur.

88 avenue de la République

En ce moment avec les Grandes Personnes

88 avenue de la République pose dans l’espace public la question du droit au logement. En effet, là où nous jouons, d’autres sont condamnés à l’inconfort et à l’insécurité. Deux femmes racontent les destins imbriqués des habitants d’un immeuble miniature pour montrer que le logement n’est pas une marchandise comme une autre. Tragi-comiques, elles nous emmènent de la rue à l’hébergement d’urgence, de l’avis d’expulsion au tribunal, de la chambre où pointe le soleil à la cuisine, traversant des espaces de vie, à la recherche du bonheur d’habiter ensemble.

📍Le 29 janvier 2026 au CNAREP du Moulin Fondu : 3 rue Marcel Bourgogne, 95140 Garges-lès-Gonesse.

📍 Le 30 janvier 2026 à La Villa Mais d’Ici : 77 rue des Cités, 93300 Aubervilliers.

📍 Jeudi 26 mars à 18h, sortie de résidence, en partenariat avec Art’R, 7 rue Duranti, Paris 11e

📍 Mercredi 6 mai à 18h30, avec Art’R, 7 rue Duranti, Paris 11e

📍 Jeudi 7 mai à 18h30, avec Art’R, 7 rue Duranti, Paris 11e

📍 Vendredi 15 mai : Préludes du Festival Parade(s) – Nanterre

📍Vendredi 29 mai de 18h30 à 19h30 : Terrasses de l’Université 7 et 8, Nanterre Parades Nanterre

📍Samedi 6 juin de 15h45 à 16h45 : Place du Marché, Nanterre, Parades Nanterre

📍Dimanche 7 juin de 16h00 à 17h00 : Devant le cinéma Les Lumières, Nanterre Parades Nanterre

📍Mercredi 10 juin, 17h, Mairie de Palaiseau, Palaiseau

📍Samedi 20 juin de 16h00 à 17h00 Les Nocturbaines, Paris 20e

📍Samedi 27 juin de 16h30 à 17h30 : Festival Les Traverses, le Théâtre Aux Mains Nues

Écriture plateau : Jean-Baptiste Evette ; mise en scène Pauline de Coulhac ; jeu Pascale Oudot et Sévane Sybesma ; scénographie et construction Sigolène de Chassy, Valentine Hébert, Maurizio Moretti ; son et composition sonore Renaud Biri.

Soutiens et partenaires : la DGCA, la DRAC Île-de-France, la Région Île-de-France, la SACD, la Ville de Paris, la Ville de Nanterre, la Mairie du 20e, Toit et Joie – Poste Habitat, la compagnie Ktha, le BEA-BA, le Théâtre aux Mains Nues, la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny, le CNAREP du Moulin Fondu, ART’R, la Villa Mais d’Ici d’Aubervilliers, l’AMULOP, la Fabrique Sonore de la compagnie Décor Sonore et le Réseau RISOTTO.

Merci aux témoins, Christine, Hélène, Jean-Jacques, Paul, Alice, Chérifa, Tania, Jocelyne, Michelle, Ismaël, Mohamed, Hafid, Kader, Lahcen, et aux « experts » Marthe Nagels, Paul Bouvier, Annie Gafforelli, Camille Francois, Salif Ba, Karen Manaigo, Antoine de Clerck du REVERS DE LA MÉDAILLE, Christine Milleron, Muriel Cohen et Fanny Rahmouni de l’AMULOP, Marius Roux, Solène Mur, Jean-Baptiste Eyraud dit « Babar » du DAL, Louise Denis, Édith Burgeat, ainsi que MSF et LA MIE DE PAIN, et encore la coopérative UTOP.