Brindille

Photographie Chris Kenny, Twigs

Je veux chanter jusqu’à
la brindille, là
dans ma main

Légère écorchure
au verso
d’une littérature
de branche et d’écorce

Brindille, brindille
pont et chemin d’insecte
petite pirogue monoxyle
aventure imaginaire

Bourgeon sec
fragment de ramille
relief d’une rupture
brindille

Alphabet fourchu
d’une écriture de la cassure
Bâtonnet d’un Yi-King
qui invente nos destins
anguleux

Saint personnage
mis en tableaux
par Chris Kenny
figure d’élagage
bonhomme allumette

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88 avenue de la République

En ce moment avec les Grandes Personnes

88 avenue de la République pose dans l’espace public la question du droit au logement. En effet, là où nous jouons, d’autres sont condamnés à l’inconfort et à l’insécurité. Deux femmes racontent les destins imbriqués des habitants d’un immeuble miniature pour montrer que le logement n’est pas une marchandise comme une autre. Tragi-comiques, elles nous emmènent de la rue à l’hébergement d’urgence, de l’avis d’expulsion au tribunal, de la chambre où pointe le soleil à la cuisine, traversant des espaces de vie, à la recherche du bonheur d’habiter ensemble.

📍Le 29 janvier 2026 au CNAREP du Moulin Fondu : 3 rue Marcel Bourgogne, 95140 Garges-lès-Gonesse.

📍Le 30 janvier 2026 à La Villa Mais d’Ici : 77 rue des Cités, 93300 Aubervilliers.

👉🏽 Inscriptions : https://forms.gle/2M6k3in6MKbdxM2b7

Écriture plateau : Jean-Baptiste Evette ; mise en scène Pauline de Coulhac ; jeu Pascale Oudot et Sévane Sybesma ; scénographie et construction Sigolène de Chassy, Valentine Hébert, Maurizio Moretti ; son et composition sonore Renaud Biri.

Soutiens et partenaires : la DGCA, la DRAC Île-de-France, la Région Île-de-France, la SACD, la Ville de Paris, la Ville de Nanterre, la Mairie du 20e, Toit et Joie – Poste Habitat, la compagnie Ktha, le BEA-BA, le Théâtre aux Mains Nues, la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny, le CNAREP du Moulin Fondu, ART’R, la Villa Mais d’Ici d’Aubervilliers, l’AMULOP, la Fabrique Sonore de la compagnie Décor Sonore et le Réseau RISOTTO.

Merci aux témoins, Christine, Hélène, Jean-Jacques, Paul, Alice, Chérifa, Tania, Jocelyne, Michelle, Ismaël, Mohamed, Hafid, Kader, Lahcen, et aux « experts » Marthe Nagels, Paul Bouvier, Annie Gafforelli, Camille Francois, Salif Ba, Karen Manaigo, Antoine de Clerck du REVERS DE LA MÉDAILLE, Christine Milleron, Muriel Cohen et Fanny Rahmouni de l’AMULOP, Marius Roux, Solène Mur, Jean-Baptiste Eyraud dit « Babar » du DAL, Louise Denis, Édith Burgeat, ainsi que MSF et LA MIE DE PAIN, et encore la coopérative UTOP.

Chêne méditatif

On voudrait bien méditer
mais avec la même joie, le même humour
que le vieil Allen Gingsberg
Do The Meditation Rock

J’ai eu l’impression
que le chêne du pré voisin
pourrait être mon guide
avec son air un peu fou

Il n’est jamais trop tard
c’est une des leçons du chêne

Je sens qu’il enferme
en puissance latente
sagesse, paix, patience

Des chevreuils se rassemblent
pour l’écouter
les choucas lui donnent de la voix

Quant à la générosité
il a toujours donné sans compter
ça se voit, fagots, feuilles, glandées

Il crée une qualité de calme autour de lui
comme, j’imagine, un lama de l’Himalaya

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camerisier

Le chemin montait dans un sous-bois de la Drôme
C’était l’été, un rameau frêle et élégant
tendait ses feuilles opposées et ses fruit gémeaux
petites cerises jumelles d’un rouge ardent
depuis un arbuste qu’on aurait risqué de piétiner
alors que ses cousins sont des lianes volubiles

Aussi nommé camerisier, ce qui emmène
dans une chambre forestière meublée de verdure
où dormir sous la protection des ramures
plafond mouvant de feuilles et de lumière
Lonicera xylosteum appartient à la vaste famille
des chèvrefeuilles, chère à mon cœur

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Réédition de Mademoiselle V. chez Flammarion

Les éditions Flammarion ont décidé de rééditer mon roman Mademoiselle V. dans leur collection scolaire « Étonnants Classiques », puis dans leur collection jeunesse, avec une couverture différente.
C’est Jack Chaboud qui m’avait proposé très aimablement d’écrire pour la jeunesse et qui l’avait édité chez Magnard il y a un siècle, en 1999, avec des illustrations de Jean-Michel Nicollet. Il avait déjà été réédité chez Magnard en 2005.
C’est aussi Jack Chaboud qui m’avait fait découvrir dans mon propre texte l’influence du mythe de la caverne. L’inspecteur de police Raymond Schwartz y fait une première apparition dans les couloirs du métro.
Je n’ai jamais réussi à avoir une quelconque influence sur le choix de l’illustration de couverture, mais je suis heureux d’apprendre qu’il est conforme au nouveau programme de sixième et que l’Éducation nationale recommande sa lecture.
Jacques Baudou en avait fait une brève critique dans Le Monde :
« Est-il possible de renouveler encore le thème du vampire ? C’est ce que démontre, de façon très brillante, Jean-Baptiste Evette en faisant de sa mademoiselle V., née en 1715, non pas simplement un monstre qui survit dans le Paris souterrain en vampirisant les passagers du métro, mais « quelqu’un qui serait venu d’un pays trop lointain, trop nocturne… » C’est en tout cas ce que pense à la toute fin du livre l’héroïne Hélène, qui, au terme d’une longue traque, a noué le début d’une amitié avec elle. Et c’est ce sentiment que l’auteur de ce roman superbement écrit réussit à faire partager au lecteur. Tout en campant un beau personnage de policier, aux antipodes des clichés. »

Rébus picards

À en croire les Œuvres complètes, publiées par Garnier frères (Paris 1879), on doit quelques proverbes énigmatiques au grand poète Clément Marot, Héritier de la charge de valet de chambre de François Ier, il se convertit au protestantisme et, compromis dans l’Affaire des placards de 1534, fut jeté en prison dans les geôles du Châtelet puis exilé en Italie, à la cour de Ferrare. Revenu en France, il dut s’exiler à nouveau, après avoir vu sa traduction des Psaumes condamnée par la Sorbonne ; il mourut finalement à Turin en 1544.
Certains de ces rébus sont des classiques, au point qu’on hésite parfois sur leur véritable auteur puisqu’ils figurent dans plusieurs recueils. Le second, par exemple, se trouve aussi dans les Bigarrures de Tabourot des Accords (1547-1598) :

Pir vent venir
Un vient d’un

Un souspire vient sousvent d’un sousvenir.

Sy      pire
Vent vent
J’ay   dont

J’ay sousvent soussy dont sousvent souspire.

Tils vent bien
Trop sont pris

Trop sousbtils sont sousvent bien surpris.

Saurez-vous interpréter celui-ci ?

Het en    tient
Le pens cueur

Et celui-ci ?
Prin bonne se pren faict bon dre

Ou encore ?
Las mis frir
T pour nir maintz a

On aura compris que dans ces « rébus picards », qui trouveraient leur origine dans des billets échangés lors des carnavals de cette région, il s’agit de réintégrer les positions spatiales des mots, syllabes ou lettres dans le texte, pour reconstituer un message cohérent. Il suffit dans la plupart des cas de jouer avec sur, sous, ou même entre. Parfois la taille des lettres a également un rôle…

Un peu plus ardu :

       per
3 t il a son 4

Ou encore ?

G a dS pour contenter mes aa

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Qui ponctue l’arbre ?

Comment faire pour
que cette encyclopédie
des arbres en vers de mirliton
grimpe plus haut
avec davantage de panache ?

Sans doute lui faut-il
pour s’animer
une ponctuation fugitive
rousse ou noisette
virgule de l’arbre
point d’interrogation ébouriffé
qui l’escalade si vite
qu’on peine à le voir
et davantage à l’écrire

De temps en temps
je le vois descendre
le tronc d’un grand frêne
pour boire dans la Coudre
ou hanter les cimes
du chemin creux du clos Fontaine

É dans l’abécédaire enfantin
il en va de l’écureuil
comme des petits oiseaux
il n’aime pas rester
là où l’on peut l’observer
et vaque à l’opposé

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Traductions

Mon ennuyeux alter-ego Paul Lepic a davantage publié que moi, mais principalement des traductions

ROMANS
La Maison de la faim de Marechera, avec Xavier Garnier (Dapper, 1999)
En descendant River Road de Mwangi (Dapper, 2002)
Soleil noir de Marechera, avec X. Garnier (Vent d’ailleurs, 2012)

ESSAIS ET BEAUX LIVRES
Nouvelles architectures sacrées (Seuil, 2004)
Aéroports, un siècle d’architecture (Seuil, 2005)
Nouvelles maisons en bois (Seuil, 2006)
Histoire de l’homosexualité (Seuil, 2006, en collaboration)
Destination art (Thames & Hudson, 2007)
Cartes postales des contrées lointaines et mystérieuses (Thames & Hudson, 2007)
Architecture des limites (Seuil, 2009)
Monstres, un bestiaire de l’étrange (Seuil, 2010)
The Wyeth, trois générations d’artistes américains (Mona Bismarck Foundation, 2011)
100 idées qui ont transformé la mode (Seuil, 2011)
100 idées qui ont transformé le graphisme (Seuil, 2012)
100 idées qui ont transformé la photographie (Seuil, 2013)
100 idées qui ont transformé l’art (Seuil, 2014)
Van Gogh , Le Brouillard d’Arles (en collaboration, Seuil, 2016).
Les Portraits de Cézanne (Musée d’Orsay, 2017)
Rébellion (Seuil, 2020)
Anatomica (Seuil, 2020)
Analogique (Seuil, 2025)
L’Atlas de la finance (Seuil, 2025)

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Le mort-bois

Ramasseur de mort-bois, je suis
marche, ramasse, cueille
et personne n’a le droit
de me molester pour ça
précise la Charte aux Normands
obtenue en mille trois cent quinze
du roi Louis dix le Hutin

Le mort-bois n’est pas du bois mort
expliquent les vieux traités de droit
mais du bois vert de peu de valeur
dont les fruits sont méprisés
dont on ne fera ni planche ni poutre

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Marsault

Mars, oh, c’est le printemps
et chatons de saule dans le vent
Marceau, jeune général plein d’allant
de la République naissante
Marceau, qu’est-ce que tu mimes
Marsaut, marsault, réponds-moi
Je ne peux converser avec toi
si tu joues à cache-cache

Tu diffères par tes feuilles ovales
souvent tordues à la pointe
veloutées par en dessous
tes racines qui n’aiment pas l’eau
mais peuvent retenir la pente
ton bois plus cassant
et on te vanne surtout en montagne

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